par Brigitte
Duzan, 2 septembre 2019, actualisé 9 février 2026
Né à
Wuhan en 1947, Yonfan a commencé sa carrière
cinématographique à Hong Kong dans les années 1980. C’est
l’un des grands réalisateurs hongkongais de la génération d’Ann
Hui (许鞍华).
Yonfan en 2009 (au
festival de Toronto)
Naissance en Chine, études aux Etats-Unis
Yonfan
est né en octobre 1947 à Wuhan, dans ce qui était alors la
municipalité spéciale de Hankou. C’était deux ans avant la
fondation de la République populaire. Son père étant membre
du Guomindang, il préfère alors fuir à Hong Kong. Ils y
restent trois ans avant de partir à Taiwan. Yonfan avait
alors cinq ans. Il a passé son enfance et son adolescence à
Taichung (臺中市),
au centre de Taiwan, dans un « village de garnison » (眷村).
Il
revient à Hong Kong en 1964, à l’âge de 16 ans, et commence
une carrière de photographe. Mais, quatre ans plus tard, en
1968, il part aux Etats-Unis, pour faire des études de
cinéma. Il passe plusieurs années à voyager, aux Etats-Unis,
mais aussi en France et en Angleterre, et ne revient à Hong
Kong qu’en 1973. Il fonde alors le Peanut Film Studio (花生映社)
pour distribuer des films, surtout français (dont des grands
classiques comme « Le Ballon rouge » ou « Les Enfants du
paradis » …).
Mais
il crée en même temps le « Studio
Yonfan » (“杨凡映室”)
et devient alors un photographe réputé pour ses photos de
mode et ses portraits de célébrités dont il publie plusieurs
recueils de 1978 (Paris à travers l’objectif d’un
photographe《一个摄影师镜下的巴黎》)
à 1991 (Une belle légende《美丽传奇》).
C’est grâce à ce même studio qu’il restaure ses films, en
produit des DVD et les distribue ainsi que ses
nombreux livres.
Après la photographie, le cinéma
Premiers films
Il
fait ses débuts de réalisateur en 1984 avec « A Certain
Romance » (《少女日记》).
Puis, avec Maggie Cheung et Chow Yun-fat à leurs débuts, il
réalise un deuxième film : « Last Romance » (《流金岁月》),
adapté du roman « L’histoire de la rose » (《玫瑰的故事》)
de l’écrivaine hongkongaise Yi Shu (亦舒),
sœur de l’écrivain et scénariste Ni
Kuang (倪匡) ;
sorti à Hong Kong en 1986, le film est un succès commercial.
Maggie Cheung et Chow
Yun-fat dans « Lost Romance »
Last Romance, trailer
Yonfan poursuit dans ce style romantique, jusqu’à « In
Between » (《新同居时代》), sorti en 1994. Également intitulé
« Affaires conjugales », le film est en fait constitué de
trois courts métrages de trois réalisateurs différents, dont
lui-même pour le second, « Lonely Hearts Club » (《怨妇俱乐部》) ;
le troisième volet, « Unwed Mother » (《未婚妈妈》) est réalisé
par
Sylvia Chang (张艾嘉),
amie de Yonfan qui a coproduit le film et qui jouait dans un
autre de ses films, sorti en 1986 : « Immortal Story »
(《海上花》).
Yonfan
s’intéresse alors plutôt à la peinture de personnages issus
de classes défavorisées ou marginalisées de la société
hongkongaise, mais avec une touche très personnelle.
Le
tournant de 1995
C’est
alors qu’il éprouve le besoin de faire une pause et part à
Singapour. Et là, il est fasciné par les personnages hauts
en couleur et l’atmosphère d’une rue qui a depuis lors
disparu, et qui abritait des travestis et transsexuels de
tous horizons. C’est là, dans un hôtel, qu’il tourne « Bugis
Street » (《妖街皇后》),
un film éclatant de vie qui est autant documentaire
qu’écriture de fiction, et qui sort à la Biennale de Venise
en 1995. Un film étonnant dont le titre chinois semble faire
écho à Pu Songling et qui est toujours d’une brûlante
actualité. Il marque un tournant dans la filmographie et la
carrière du réalisateur.
Bugis Street, trailer
En 1998, Yonfan réalise « Bishonen » (《美少年之恋》),
aussitôt célèbre pour son sujet et ses scènes d’amours
homosexuelles. En fait, le film est inspiré d’un fait divers
qui avait fait scandale : un playboy avait été trouvé en
possession d’un millier de photographies de policiers nus.
Yonfan
a fait de cette histoire une sorte de fable tragique autour
du thème des amours interdites et de la rédemption. Si la
critique locale a été partagée, le film a été très bien
accueilli dans les festivals un peu partout. Il a lancé
l’acteur Daniel Wu (吴彦祖).
C’est devenu un film culte LGBT.
Bishonen
L’un des
thèmes musicaux du film : ma vie, mon amour 我的生命我的愛
(montage de scènes avec Daniel Wu et Stephen Fung)
En
2001, Yonfan réalise un autre grand succès : « Peony
Pavilion » ou « Le
Pavillon aux pivoines »
(《游园惊梦》),
librement inspiré du grand classique le « Pavillon aux
pivoines »ou Mudanting (《牡丹亭》)
du dramaturge de la fin des Ming Tang Xianzu (汤显祖),
dans une adaptation en opéra kunqu. Il est interprété
par deux actrices dans les rôles titres, la Taïwanaise Joey
Wong et la Japonaise Rie Miyazawa. Brigitte Lin est la
narratrice. Produit par Ann
Hui (许鞍华),
le film a été sélectionné lors de l’édition 2001 du festival
du cinéma international de Moscou où l’actrice Rie Miyazawa
a obtenu le prix de la meilleure actrice.
Le Pavillon aux
pivoines
En
2003, avec les deux films précédents, il a fait partie d’une
rétrospective Yonfan au musée Guimet à Paris
[1].
Et en octobre 2025, restauré par les soins du réalisateur,
le film a fait l’objet d’une projection spéciale dans le
jardin même où il avait été tourné, à Suzhou. Il reste sans
doute l’une des plus belles réalisations de Yonfan.
Le
Pavillon aux pivoines《游园惊梦》
C’est
le premier volet d’une trilogie adaptée du même « Pavillon
aux pivoines ». Le deuxième volet – « Breaking the Willow »
(《凤冠情事》)
– est sorti à la Biennale de Venise en 2003, et le
troisième, « Colour Blossoms » (《桃色》) en 2004, ce dernier
film avec des acteurs de Hong Kong, du Japon et de Corée, et
une équipe technique de Chine continentale. En grande partie
financé par Yonfan lui-même, le film a suscité une vive
controverse à Hong Kong à sa sortie en raison de son sujet
(annoncé dans le titre qui signifie « fleurs de pêchers »,
symbole du désir) et de ses scènes de sexe ; la critique a
été partagée.
Il
faudra cinq ans à Yonfan pour réaliser un nouveau film.
C’est « Prince of Tears » (《泪王子》),
sorti en 2009, où il revient sur l’histoire de Taiwan telle
qu’il l’a vécue, dans les années 1950. Le film relate
l’histoire d’une famille taïwanaise prise dans la répression
sanglante de la Terreur blanche qui a suivi l’instauration
de la loi martiale le 19 mai 1949. Produit par Fruit
Chan (陳果),
le film est sorti à la 66ème Biennale de Venise
en 2009.
Prince of Tears
Prince of Tears, trailer
En
2011, Yonfan a été le président du jury du festival de Busan
qui a programmé en même temps une rétrospective de sept de
ses films restaurés, dont « Colour Blossoms ».
Yonfan
revient ensuite vers son amour « inconditionnel », selon ses
propres termes, de l’opéra kunqu pour réaliser
« Law » (Lü《律》),
sorti en première mondiale en novembre 2013 au festival de
Rome, avec le grand artiste Lin Weilin (林为林),
directeur de la troupe d’opéra kunqu du Zhejiang.
Yonfan et Lin Weilin
présentant « Law » au festival de Rome en 2013
L’animation aussi…
Avec
son nouveau film sélectionné à la 76ème
Biennale de Veniseen
septembre 2019, dix ans après « Prince of Tears », Yonfan
surprend : c’est un film d’animation, « N° 7 Cherry Lane »
(《继园台七号》), qui a obtenu le prix du meilleur scénario. Yonfan
revient vers son adolescence à Taiwan, plus précisément la
fin des années 1960, en évoquant les émeutes de 1967.
N°7 Cherry Lane
Interview au festival d’Annecy
N° 7 Cherry Lane, trailer
Regard rétrospectif
Comme
disait Confucius : après avoir, à 60 ans, saisi le sens
profond de ce que l’on perçoit, à 70 ans on peut suivre les
désirs de son cœur. Il y a longtemps que Yonfan les suit,
ces désirs ; aujourd’hui, il est à l’heure de la réflexion,
sur les années passées et le temps écoulé.
En
septembre 2024, il a présenté le documentaire « Crossing
Years » (Guo nian《过年》)
au festival international de cinéma de Pingyao (平遥国际电影展).
Ce film retrace non tant le parcours que les souvenirs du
grand artiste chinois Huang Yongyu (黄永玉),
que Yonfan a rencontré juste avant le Nouvel An (chinois) de
2012, en compagnie de sa fille Huang Heini (黄黑妮).
C’est à la mort de l’artiste, en 2023, que Yonfan a ressorti
l’enregistrement de leurs conversations et l’a monté avec
des images tirées des albums de photos et autres archives
familiales. Une manière de parcourir le 20e
siècle, d’une année du dragon à l’autre. Comme une
méditation sur le temps qui passe.
Crossing Years
Début
2026, Yonfan annonce un film sur son propre parcours
d’artiste qui s’appellera « Intermission »…
2012 Rhythm (Yun《韵》) réalisé pour la Biennale de
Venise, en préfiguration de Law (《律》).
[1]
Rétrospective qui faisait suite à une donation au
musée de peintures d’artistes chinois de la
collection personnelle du réalisateur, comme le
signalait un article du Monde.